Page:Smith - Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Blanqui, 1843, II.djvu/83

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


gnées ou détériorées de toute autre manière, l’État, par une refonte, parviendra sûrement à rétablir sa monnaie courante. Mais les espèces courantes d’un petit État, tel que Gênes ou Hambourg, ne peuvent guère consister entièrement dans sa propre monnaie ; elles se composent nécessairement en grande partie des monnaies de tous les États voisins avec lesquels ses habitants ont une communication continuelle. Ainsi, un tel État, en réformant sa propre monnaie, ne viendrait pas toujours à bout de réformer ses espèces courantes. Si les lettres de change étrangères y sont payées avec ces espèces courantes, l’incertitude de la valeur réelle de la somme qu’on recevra en une chose qui par sa nature est si peu certaine, doit rendre le cours du change toujours très-contraire à un État tel que celui-ci, tous les États étrangers évaluant sa monnaie courante nécessairement même au-dessous de ce qu’elle vaut.

Quand ces petits États ont commencé à porter leur attention sur les intérêts de leur commerce, pour obvier aux désavantages auxquels cette défaveur du change exposait leurs négociants, il leur est arrivé souvent de statuer que les lettres de change étrangères d’une certaine valeur ne seraient pas payées en espèces courantes, mais en un ordre ou transfert sur les livres d’une banque établie sur le crédit de l’État et sous sa protection, cette banque étant toujours tenue de payer en bon argent, exactement conforme au titre et au poids primitif de la monnaie de l’État. Il paraît que c’est dans cette vue qu’ont été originairement établies les banques de Venise, de Gênes, d’Amsterdam, de Hambourg et de Nuremberg, quoique quelques-unes d’entre elles, par la suite, aient pu servir à d’autres destinations. La monnaie de ces banques étant meilleure que les espèces courantes du pays, elle produisit nécessairement un agio qui fut plus ou moins élevé, selon que les espèces courantes étaient réputées plus ou moins dégradées au-dessous du poids primitif de leur fabrication. L’agio de la banque de Hambourg, par exemple, qu’on dit être communément de 14 pour 100 environ, est la différence qu’on suppose exister entre la bonne monnaie de l’État au titre et au poids primitif de sa fabrication, et les monnaies courantes usées, rognées et détériorées qui y sont versées par tous les États voisins.

Avant 1609, la grande quantité de monnaie étrangère usée et rognée, que le commerce immense d’Amsterdam lui apportait de tous les coins de l’Europe, réduisit la valeur de sa monnaie courante à environ 9