Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/15

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fois en l’an 1622, mais il n’y avoit que sept livres. Quelques autres livres suivans étant venus entre les mains des libraires, après la mort de du Parc, on les fit promptement imprimer, d’autant que ce que l’on avoit déjà vu avoit été reçu parfaitement bien ; mais l’on dit que, parce qu’il y avoit eu des brèches en cet original, il y eut quelques gens qui aimèrent tellement cet ouvrage, qu’ils prirent la peine de le réparer et d’y insérer quelques contes de leur invention, qui s’y trouvèrent fort à propos. Or, parce que cela parloit de choses qui sembloient être fort récentes, beaucoup de personnes y étoient abusées, et prenoient le livre entier pour tout nouveau, et ne s’alloient point imaginer que ce fût du Parc qui en fut aucunement l’auteur. D’ailleurs, comme le langage devient plus poli chaque jour, il se peut faire que l’original de notre auteur n’avoit pas toutes les douceurs qui sont venues depuis ; mais l’on avoit remédié à cela, et l’on avoit réformé les façons de parler qui n’étoient plus en usage, tellement que, comme peu de chose fait grand bien en ces occasions-là, cela aidoit à tromper le monde, et l’on attribuoit ce livre à des personnes qui n’y avoient pas beaucoup contribué. Mais, tant y a, que depuis il a eu si bonne chance, que chacun l’a voulu voir, et il s’est imprimé plusieurs fois ensuite de la seconde, sans qu’il y eût guère de changement, et l’histoire ne contenant toujours que onze livres. Il étoit à croire que l’auteur en avoit fait douze, et chacun demandoit ce douzième ; mais personne ne le pouvoit donner. C’est en quoi je voudrois prendre ceux qui penseroient attribuer cette histoire à d’autres ; car à quoi tenoit-il qu’ils n’en donnoient la fin ? Mais il falloit attendre cela du vrai auteur, et que l’on cherchât ce qu’il en avoit fait de son vivant. Enfin, il est arrivé qu’un homme, qui demeuroit avec le sieur du Parc à l’instant de sa mort, est revenu d’un long voyage, et a déclaré à quelqu’un qu’il avoit chez lui beaucoup de manuscrits, lesquels il falloit feuilleter. L’on y trouva une copie de la plus grande part de l’Histoire comique, qui étoit plus ample en quelques lieux que celle que nous avions, et qui avoit un autre commencement et une autre fin, et même ce douzième livre tant souhaité. L’on a tant fait, que l’on a eu ceci pour le faire imprimer, tel que nous le voyons maintenant, et l’an a réformé ce qui étoit à réformer, comme, par exemple, cette épître aux grands, et