Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/250

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Le ciel voulut, pour mon bonheur, qu’un jour Luce se mit à deviser dans sa chambre avec quelques-unes de ses parentes qui ne la devoient quitter de longtemps. J’étois entré au logis, et, ayant trouvé Fleurance sur les degrés, elle me fit monter à sa garde-robe, où je la baisai tout à mon aise. Je la jetai sur son lit et fis tant d’effort, que je passai bien plus outre : mais la chance se tourna, et le destin se montra incontinent notre adverse partie. Luce, ayant envie de pisser, sortit de sa chambre, et s’en vint à la garde-robe où nous étions, dont elle ouvrit la porte avec un passe-partout. Elle vit sa demoiselle qui, en ravallant sa cotte, sauta de dessus le lit : un vermillon naturel lui couvroit les joues, autant pour la véhémence de notre action que pour la honte qu’elle avoit ; outre cela, ses cheveux étoient tout désordonnés. Luce, en la regardant, lui demanda si elle venoit de dormir. En achevant la parole, elle tire un rideau du lit pour chercher le pot de chambre, et m’aperçoit à la ruelle comme je rattachois mon haut de chausse : elle me demande ce que je fais là, et je lui réponds, sans m’étonner, que je viens de faire recoudre un pli de mon haut de chausse par sa demoiselle. Vous deviez aller plus au jour qu’en ce lieu-là, dit-elle, et à d’autres ; à qui vendez-vous vos coquilles ? D’un autre côté, elle prend garde que sa demoiselle a le sein tout découvert et le collet tout détaché, parce que j’avois voulu baiser son teton : cela lui fait reconnoître entièrement notre forfait. Comment, petite effrontée, dit-elle à Fleurance, vous faites ici entrer des hommes pour prendre vos ébats ! vous déshonorez ma maison ! Ah ! qu’il vous faudroit bien frotter ! Si l’on punit pour ce péché-là, répondit résolûment Fleurance, étant en cette extrémité, vous avez mérité un aussi grand supplice que moi ; et, s’il déshonore les maisons où l’on le commet, vous avez autant que moi déshonoré là vôtre : je n’en veux rien dire pourtant, car il ne m’appartient pas, et ce n’est pas à moi à songer comment tout va céans. Je n’ai rien fait toutefois que vous ne m’en ayez donné l’exemple ; et, au pis aller, tout ce que vous sçauriez dire, c’est que, n’étant pas de si grande qualité, il ne m’est pas licite par aventure de prendre les mêmes libertés que vous.

Cette hardie réponse rendit Luce plus honteuse que n’étoit celle à qui elle vouloit faire des réprimandes ; et, m’ayant re-