Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/29

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Rien ne pouvoit garantir Olivier de se découvrir alors, se voyant conjuré par tant de fois de parler, comme s’il eût été Francion. Mais, songeant bien que Laurette pourroit se courroucer excessivement, connoissant qu’elle avoit été déçue, il se proposa de chercher tous les moyens de l’apaiser. Il se tira de dessus le lit, et, comme il avoit assez bon esprit, s’étant mis à genoux devant elle, il lui dit : Madame, je suis infiniment marri que vous soyez trompée comme vous êtes, me prenant pour votre ami. Véritablement, si vos caresses n’eussent échauffé mon désir, je ne me fusse pas porté si librement dans le crime que j’ai commis. Prenez de moi telle vengeance qu’il vous plaira ; je sais bien que ma vie et ma mort sont entre vos mains.

La voix d’Olivier, bien différente de celle de Francion, fit connoître à Laurette qu’elle s’étoit abusée. La honte et le dépit la saisirent tellement, que, si elle n’eût considéré que l’on ne pouvoit faire que ce qui avoit été fait ne le fût point, elle se fût par aventure portée à d’étranges extrémités. Le plus doux remède qu’elle sut appliquer sur son mal, et celui qui eut de plus remarquables effets, fut de considérer que celui qu’elle avoit pris pour Francion lui avoit fait goûter des délices qu’elle n’eût pas possible trouvé plus savoureuses avec Francion même, et dont elle ne se pouvoit repentir d’avoir joui.

Toutefois elle feignit qu’elle n’étoit guère contente et demanda à Olivier avec une parole rude qui il étoit. Voyant qu’il ne lui répondoit point à ce premier coup, elle lui dit : Ô méchant ! n’es-tu point un des valets de Francion ? N’as-tu point tué ton maître pour venir ici au lieu de lui ? Madame, dit Olivier, se tenant toujours à terre, je vous assure que je ne connois pas seulement le Francion dont vous me parlez. De vous dire qui je suis, je le ferai librement, moyennant que vous me promettiez que vous ajouterez foi à tout ce que je vous dirai, de même que je vous promets de ne vous conter rien que de véritable. Va, je te le promets sur ma foi, dit Laurette.

Vous avez une servante qui s’appelle Catherine, poursuivit Olivier sçachez qu’elle est en partie cause de l’aventure qui est arrivée. Je m’en vais vous apprendre comment. Vous croyez que ce soit une fille ; véritablement vous êtes bien