Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/30

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déçue, car c’est un garçon qui s’est ainsi déguisé, afin de donner entrée céans à des voleurs. Il avoit promis de jeter cette nuit une échelle de corde par une fenêtre pour les faire monter. La débauche de ma jeunesse m’avoit fait sortir de la maison de mon père pour me mettre en la compagnie de ces larrons-là ; mais je me délibérai, il y a quelques jours, de quitter leur misérable train de vie. Nonobstant, ayant trouvé l’échelle que vous aviez jetée pour votre Francion, et que je prenois pour celle de Catherine, il m’a fallu y monter, étant en délibération toutefois non point d’assister au vol, mais de chercher ici quelqu’un à qui je pusse découvrir la mauvaise volonté de mes compagnons, pour les empêcher d’exécuter leur entreprise. Qu’ainsi ne soit, madame, prenez la peine de regarder par quelque fenêtre, vous verrez un des voleurs pendu à l’échelle de corde que je n’ai qu’à demi tirée. C’est une chose bien claire que, si j’étois de son complot, je ne l’eusse pas traité de la sorte.

Laurette, étonnée de ce qu’elle venoit d’apprendre, s’en alla regarder par une petite fenêtre, et vit qu’Olivier ne mentoit point. Elle ne lui demanda pas d’autres preuves de son innocence, et, voulant sçavoir ce que faisoit alors Catherine, elle l’appela pour lui apporter de la lumière, après avoir fait cacher Olivier à la ruelle de son lit. Catherine étant venue aussitôt avec de la chandelle allumée, et voyant le beau sein de Laurette tout découvert, fut chatouillée de désirs un peu plus ardens que ceux qui eussent pu émouvoir une personne de sa robe. L’absence de son maître et la bonne humeur où il lui étoit avis qu’étoit sa maîtresse lui semblèrent favorables ; car Laurette cachoit la haine qu’elle venoit de concevoir contre elle sous un bon visage et avec des paroles gaillardes : D’où viens-tu ? lui dit-elle. Quoi ! tu n’es pas encore déshabillée, et il est si tard ? Je vous jure, madame, que je ne sçaurois dormir, répondit Catherine, j’ai toujours peur ou des esprits ou des larrons, parce que vous me faites coucher en un lieu trop éloigné de tout le monde ; voila pourquoi je ne me déshabille guère souvent, afin que, s’il m’arrive quelque chose, je ne sois pas contrainte de m’en venir toute nue demander du secours. Mais vous, madame, est-il possible que vous puissiez être toute seule sans aucune crainte ? Mon Dieu, je vous supplie de me permettre que je