Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/431

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LIVRE ONZIÈME



Hortensius fut si bien persuadé par Audebert, que le lendemain il alla voir Francion, qui le reçut avec beaucoup de témoignage de joie. Ce brave maître pensoit encore avoir trouvé un écolier auquel il pouvoit apprendre beaucoup de choses, tellement que, pour lui montrer qu’il étoit extrêmement capable, il affectoit de certains termes qu’il avoit appris par cœur pour s’en servir en toutes occasions. Comment, brave Francion, ce disoit-il, je croyois que vous ne pourriez pas sortir plus aisément de Paris que l’Arsenac et le Palais, et que l’on vous verroit aussi souvent au Louvre que les pierres du grand degré et la salle des Suisses. Mais vous, ce dit Francion pour lui rendre le change, je m’imaginois que l’on vous trouveroit aussi longtemps en l’Université[1] de Paris que le Puits-Certain[2], les écoles de Décret[3], la cuisine des Carmes[4] et M. Royer, Diogène de ce siècle. Vous voyez, reprit Hortensius, je viens ici me ranger près de ceux qui s’habillent de la couleur des roses, et à qui les objets les plus proches des yeux ne sont point funestes ; mais vous, ne venez-vous pas ici pour faire l’amour et renoncer à cette liberté qui vous étoit aussi chère qu’à la République de Venise ?

  1. Tout le quartier qui s’étendait de la porte de la Tournelle à la tour de Nesle, et qui renfermait un grand nombre de colléges, était connu sous le nom de quartier de l’Université.
  2. Le Puits-Certain, situé à l’entrée de la rue Saint-Hilaire, avait été creusé aux frais de Robert Certain, curé de Saint-Hilaire, qui fut le premier principal du collége de Sainte-Barbe.
  3. On appelait École du Décret le lieu où l’on enseignait le droit canon (rue Saint-Jean-de-Beauvais).
  4. Le couvent des Carmes était situé au bas de la montagne Sainte-Geneviève.