Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/457

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Francion, le retirant rudement, lui dit : Que vous avez d’impudence d’importuner sitôt le roi ! N’avez-vous pas la patience d’attendre qu’il soit dessus ses terres ? Si du Buisson ne devient plus sage, ce dit Hortensius, je dirai qu’il mérite qu’on lui refuse quand même il demande, au lieu que Francion mérite qu’on lui donne, quand même il ne demande pas.

Comme ceci fut passé, il fut question d’arrêter si Hortensius s’en retourneroit en son logis ordinaire. Raymond dit qu’il n’en étoit pas d’avis, vu que le lieu étoit trop petit, et qu’il falloit qu’il demeurât chez lui, où il seroit comme le maître, et que, d’autant que toute la nation françoise se sentiroit honorée du royaume qui lui étoit échu, il n’y auroit point de François à Rome qui ne se vinssent ranger auprès de sa personne, comme s’ils eussent été ses suivans, pour lui faire honneur devant les Polonois. Raymond, ayant dit ceci, lui quitta sa chambre, et, lui ayant laissé un valet pour lui aider à se déshabiller, se retira en un autre lieu avec le reste de la compagnie. Ils ne furent pas sitôt sortis, qu’Hortensius demanda Audebert, voulant déjà user de l’autorité royale. Quand il fut venu, il lui dit qu’il falloit qu’il passât la plupart de la nuit auprès de son lit, pource que les soins qu’il avoit l’empêchoient de dormir. Audebert en fut très-aise ; car, comme il étoit malicieux, il espéroit qu’à force de veiller et de parler de choses extravagantes, Hortensius deviendroit entièrement fol et qu’ils en auroient plus de plaisir. Mon ami Audebert, commença Hortensius, as-tu remarqué que ces Polonois ont dit qu’il y avoit des prophéties de moi ? Ils ne se trompent pas : si nous voulons consulter nos éphémérides, nous trouverons de rares choses. Quand nous étions à Paris, n’as-tu point lu l’Almanach de Jean Petit[1], Parisien, et celui de Larivay le jeune, Troyen[2] ? Il m’est avis qu’ils pronostiquoient mes aventures. L’un dit qu’il y aura en ce temps changement d’affaires vers le Septentrion, et l’autre que l’humble sera

  1. Astrologue dont il est parlé dans les Mazarinades.
  2. Pierre de Larivay, frère puiné du traducteur de Straparole, publia, de 1618 à 1647, un Almanach avec grandes prédictions. — Il avait prédit qu’il mourrait d’une arête, et, pour déjouer son propre horoscope, s’astreignit à ne jamais manger de poisson.