Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/469

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loit marier et qu’il falloit bien qu’il lui fît l’honneur d’assister à ses noces, et qu’après cela ils s’en iroient tous ensemble joyeusement, ayant à leur suite tout ce qu’il y avoit de François à Rome, et d’autres gens qui les voudroient suivre, de quoi ils composeroient une armée qui se rendroit redoutable en tous les lieux où elle passeroit. Quoique messieurs les Polonois alléguassent là-dessus qu’on leur avoit commandé de ne tarder guère en leur voyage, leur monarque jura qu’il demeureroit pour la belle occasion qui s’offroit, quand toutes ses provinces eussent dû être perdues ; ce qu’ils firent semblant de trouver fort mauvais, si bien qu’ils le quittèrent avec fort peu de complimens. Il les fit rappeler, et les apaisa, leur demandant à quoi il tenoit qu’ils ne fussent satisfaits. Ils dirent qu’ils vouloient être logés en même maison que lui, d’autant que c’étoit la coutume de leurs princes de donner des chambres en leurs palais à ceux de leur qualité. Hortensius dit qu’il feroit bien plus, et qu’ils ne viendroient pas loger chez lui, mais qu’il s’en iroit loger avec eux ; et là-dessus il se leva et se rhabilla, et voulut aller en leur maison. Bien que l’on feignît de ne pas trouver cela bon, ils l’y menèrent, disant qu’ils auroient un grand contentement, à cause qu’ils pourroient toujours voir leur roi désormais, et qu’ils remarqueroient ses humeurs, pour s’y rendre conformes. Ils le firent coucher au meilleur lit qu’ils eussent ; mais le matin, ayant repris leurs habits ordinaires pour s’en aller à Naples, ils délogèrent sans trompettes, et, ne payant leur hôte qu’à demi, ils dirent que leur compagnon qui demeuroit payeroit le reste. Lorsqu’il fut éveillé, l’hôte entra dans sa chambre et lui demanda s’il n’entendoit pas lui payer la dépense de ses compagnons avec la sienne. Il répondit qu’il n’étoit pas sur le point de partir. Mais l’hôte lui répliqua que les autres s’en étoient déjà allés. Hortensius demanda s’il n’y avoit plus un Polonois au logis ; à quoi l’hôte repartit qu’il n’y en avoit jamais vu, et qu’il parloit de quatre Allemands pour répondre, vu qu’ils l’avoient honoré comme leur maître. Ils en étoient sur ce propos, quand le premier hôte d’Hortensius, qui avoit sçu chez Raymond qu’il étoit logé là, le vint trouver, et lui fit un beau bruit, lui demandant le louage de sa chambre et sa dépense, l’appelant affronteur, qui s’en étoit allé sans lui dire adieu, afin de ne point payer. Audebert, qui avoit parlé à cet hôtel-