Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/515

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après ? Non, je te le jure, dit Raymond. Je vous ai déjà dit qui je suis, continua-t-il, et je vous assure qu’en cela il n’y a aucune menterie. Valère est un gentilhomme de bonne maison, chez le père duquel j’ai servi longtemps d’estafier, et depuis je me suis attaché au service du fils, chez lequel je n’ai pourtant pas fait grande fortune ; car notre maître a plus d’apparence que d’effet, et sa richesse n’est pas si remarquable que l’antiquité de sa noblesse : toutefois je l’aime de telle sorte, qu’il n’y a rien au monde que je ne voulusse faire pour lui, excepté de lui donner ma vie, qui, à la vérité, m’est chère sur toutes choses, comme vous pouvez voir ; car, si j’étois content de mourir pour lui, je permettrois maintenant que vous fissiez de moi ce que vous voudriez plutôt que de vous découvrir ses secrets, ainsi que je vais maintenant faire pour ma conservation. Vous sçaurez donc qu’il y a longtemps qu’il veut du mal à ce François que l’on arrêta hier, et qu’il a même tâché autrefois de le faire mourir, l’ayant fait mettre en une prison dont il croyoit qu’il ne sortiroit jamais. Néanmoins il a été tout étonné dès qu’il a sçu son arrivée à Rome, et que même il continuoit d’aller voir Nays dont il possédoit la bienveillance. Cela lui donnoit des pointes de jalousie et de rage, qui étoient plus violentes que je ne vous les sçaurois représenter. Il aimoit Nays pour ses perfections, et aussi pour ses richesses qui eussent servi beaucoup à réparer les ruines de sa maison : tellement que cela lui étoit fort fâcheux de perdre une si bonne fortune. Il a donc résolu de perdre Francion, et de lui faire ôter l’honneur et la vie, le faisant accuser de fausse monnoie. Il y a longtemps que nous l’avons fait épier dans les églises et les autres lieux publics, par les plus expérimentés coupeurs de bourses, pour lui faire mettre de fausses pièces dans sa pochette ; mais cela ne s’est pu exécuter qu’à ce matin, et tout incontinent l’on a tâché de lui faire envie d’acheter quelque chose, et l’on disoit à tous les merciers, que l’on trouvoit en chemin, qu’il y avoit un gentilhomme françois un peu plus loin qui les demandoit ; mais il s’est arrêté de lui-même chez un parfumeur, où ayant tiré son argent de sa poche, nous l’avons attrapé, et nous l’avons mené chez un juge qui est à la dévotion de mon maître et fera tout ce qu’il voudra. Il s’est trouvé là aussi un homme, qui a été gagné à prix d’argent, qui a accusé