Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/516

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Francion de beaucoup de crimes, lesquels il doit soutenir fermement. Pour rendre aussi l’affaire plus criminelle et hors de doute, je suis entré céans cette après-dînée, avec un petit coffre-fort sous mon manteau, où il y avoit quantité de pièces fausses, et j’avois dessein de le mettre dans la chambre de Francion. Vous étiez allé en ville, et l’on balayoit les chambres ; je suis entré partout sans difficulté, faisant semblant de demander quelqu’un ; mais j’ai pris une chambre pour l’autre, et au lieu de mettre le coffre dans celle de Francion, je l’ai mis dans celle-ci : je crois que vous le trouverez encore caché à la ruelle du lit. Or ce n’étoit pas assez au gré de mon maître d’avoir fait cela ; il m’a mis en main des outils à faire de la fausse monnoie, enveloppés dans un sac de cuir, lesquels je portois tantôt étant entré avec les sbires, et je les ai quittés incontinent parmi la confusion, et mon dessein étoit de les cacher dans quelque cabinet proche de la chambre de Francion, afin d’y mener après mes compagnons et de leur faire prendre cela comme venant de lui ; mais je n’ai pas pu mettre ce sac ailleurs que dans un petit grenier où je l’ai caché ; et, comme je revenois pour avertir les sbires qu’il falloit faire une recherche générale, j’ai trouvé qu’ils s’étoient évadés, et que j’étois demeuré seul à mon dommage.

Tandis qu’il achevoit de dire cela, l’on alla chercher avec une chandelle en la ruelle du lit, et l’on y trouva le petit coffre qu’il disoit ; mais l’on n’avoit pas la clef pour l’ouvrir, et néanmoins, en le hochant, l’on connut bien qu’il y avoit dedans beaucoup de monnoie. L’on le rompit à force de frapper dessus, et l’on trouva que c’étoient toutes pièces fausses. Mais, comme l’on s’amusoit à cela, Corsègue voulut encore que l’on lui prêtât de l’attention, et il continua de parler ainsi : Si mon maître sçait un jour ce que je vous ai dit, il me voudra beaucoup de mal ; mais il n’a pas pourtant sujet de se plaindre de moi, car, ayant fait tout ce que j’ai fait, il me semble que c’est assez, puisque je m’étois mis en de grands dangers pour lui. Au reste, puisque je vous ai déclaré ces secrets, il ne faut point que j’épargne les autres, encore que vous ne m’en sollicitiez pas, car je serois fâché qu’il fût accusé tout seul de quelque entreprise où les autres auroient part. Vous sçaurez donc que Nays a encore été recherchée