Page:Sorel - La Vraie histoire comique de Francion.djvu/52

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qui n’est pas des moins humaines. Que me sert-il d’allonger mon histoire par tant de contes inutiles ? Enfin je vainquis celle qui m’avoit vaincu ; elle rechercha aussi diligemment que moi l’occasion d’assouvir ses désirs.

Valentin, à qui elle avoit baillé encore de bien avantageuses impressions de ma piété et de mon sçavoir en toutes choses, voyant un jour que je ne le visitois point, me vint chercher en mon hôtellerie, où ma franchise l’obligea à me découvrir sa plus secrète affaire, qui étoit qu’il se trouvoit bien empêché en son ménage, parce qu’il avoit épousé une jeune femme fringante, qui ne demandoit qu’à folâtrer, et que Saturne n’étoit pas bien accouplé étant avec Vénus.

Du premier abord je me doutai qu’il me vouloit faire entendre couvertement qu’il y avoit à refaire à ses pièces ; néanmoins j’attendis qu’il se fût mieux expliqué, sans lui témoigner que je sçavois sa pensée. Je le consolai sur ce sujet comme je trouvai à propos, et, sur la fin, il me demanda si moi, qui avois étudié, qui avois voyagé, et qui avois fréquenté les plus sçavans personnages de l’Europe, je n’avois point appris quelque recette, qui fût propre à guérir son mal. Ce n’est pas tant pour mon plaisir que je désire de me voir sain en cette partie que pour celui de ma femme, continua-t-il ; car, quant à moi, je me sens assez satisfait de ce que j’ai. Je demeurai quelque temps à songer, et, une insigne invention m’étant venue en l’esprit, je lui répondis que tous les remèdes qu’enseigne la médecine ne lui pouvoient de rien servir, et qu’il n’y avoit que ceux de la magie qui le pussent assister. Lui, qui est assez gros chrétien, se résolut d’accomplir tout ce que je lui ordonnerois, si j’étois docte en cet art. Pour lui persuader que l’on n’en pouvoit plus savoir que je faisois, je lui montrai beaucoup de petites gentillesses qui se font naturellement, lesquelles il prit néanmoins pour des miracles ; comme de faire sonner l’heure dans un verre avec une bague, et de transmuer l’eau en vin avec une poudre que j’y metois secrètement.

Francion rapporta, la dessus, les choses qu’il avoit commandé de faire à Valentin, qui sont celles-la même que j’ai dit qu’il fit, Il raconta qu’il avoit comploté avec Laurette d’aller passer la nuit avec elle cependant, et que son valet, ayant contrefait le démon et lié Valentin à un arbre, afin