Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/384

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


lement des incarnations divines lorsque, de nombreux prodiges s’étant accomplis auprès de leur tombeau, les brahmanes trouvent avantageux de les déifier[1].

Les Grecs n’avaient point de goût pour ce genre de vie ; mais ils ont été influencés, quelque peu, par la littérature stoïcienne qui a puisé ses paradoxes les plus singuliers sur la douleur dans les pratiques de l’ascétisme oriental. Saint Nil, qui au ve siècle, adapta les maximes d’Épictète à l’enseignement de la vie spirituelle, ne fit que reconnaître la véritable nature de cette doctrine. Le christianisme occidental transforma profondément l’ascétisme dans ses monastères ; il engendra cette multitude de personnages mystiques, qui, au lieu de fuir le monde, ont été dévorés par le désir de répandre autour d’eux leur action réformatrice et auxquels l’expérience religieuse donnait des forces surhumaines. Universaliser ces bienfaits de la grâce jusqu’alors presque exclusivement réservés aux moines, fut l’objectif principal de la Réforme : au lieu de dire, comme on le fait d’ordinaire, que Luther veut faire de chaque chrétien un prêtre, il serait plus exact de dire qu’il attribue à chaque fidèle convaincu quelques-unes des facultés mystiques que la vie spirituelle développe dans les couvents. Le disciple de Luther qui lit la Bible dans les dispositions d’âme que son maître appelle la foi, croit entrer en relations régulières avec le Saint-Esprit, tout comme les religieux avan-

  1. Lyell, Études sur les mœurs religieuses et sociales de l’Extrême Orient. trad. franc., pp. 42-48.