Page:Sorel - Réflexions sur la violence.djvu/84

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Mais en même temps que se produisait cette évolution, qui remplit de joie le cœur des pacificateurs, il y a eu une recrudescence d’esprit révolutionnaire dans une partie notable du prolétariat. Depuis que le gouvernement républicain et les philanthropes se sont mis en tête d’exterminer le socialisme, en développant la législation sociale et en modérant les résistances patronales dans les grèves, on a observé que, plus d’une fois, les conflits avaient pris une acuité plus grande qu’autrefois[1]. On explique souvent cela en disant qu’il y a là seulement un accident imputable aux anciens errements ; on aime à se bercer de l’espoir que tout marchera parfaitement bien le jour où les industriels auront mieux compris les mœurs de la paix sociale[2]. Je crois, au contraire, que nous sommes en présence d’un phénomène qui découle, tout naturellement, des conditions mêmes dans lesquelles s’opère cette prétendue pacification.

J’observe, tout d’abord, que les théories et les agissements des pacificateurs sont fondés sur la notion du devoir et que le devoir est quelque chose de complètement indéterminé, — alors que le droit recherche les déterminations rigoureuses. Cette différence tient à ce que le second trouve une base réelle dans l’économie de la pro-

  1. Cf. G. Sorel, Insegnamenti sociali, p. 343.
  2. Dans son discours du 11 mai 1907, Jaurès disait qu’il n’y avait eu nulle part autant de violences qu’en Angleterre tant que les patrons et le gouvernement avait refusé d’accepter les syndicats. « Ils ont cédé ; c’est l'action vigoureuse et robuste, mais légale, ferme et sage. »