Page:Stendhal - Armance, Lévy, 1877.djvu/256

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corridor, près de l’escalier, peut-être elle eût été sauvée. Immobile de terreur, elle perdit deux secondes, et le domestique arrivant sur la dernière marche de l’escalier, la lumière de la bougie donna en plein sur elle, et le commandeur la reconnut. Un sourire affreux parut sur ses lèvres. Ses soupçons sur l’intelligence d’Armance et de son neveu étaient confirmés, mais en même temps il avait un moyen de les perdre à jamais. — Saint-Pierre, dit-il à son domestique, n’est-ce pas là mademoiselle Armance de Zohiloff ? — Oui, monsieur, dit le domestique tout interdit. — Octave va mieux, mademoiselle, j’espère ? dit le commandeur d’un ton goguenard et grossier, et il passa.


XXVII


Armance, au désespoir, se vit à la fois déshonorée à jamais, et trahie par son amant. Elle s’assit un instant sur la dernière marche de l’escalier. Elle eut l’idée d’aller frapper à la porte de la femme de chambre de madame de Malivert. Cette fille dormait et ne répondit pas. Madame de Malivert, craignant vaguement que son fils ne fût malade, prit sa veilleuse et vint elle-même ouvrir la porte de sa chambre ; elle fut effrayée de la figure d’Armance. Qu’est-il arrivé à Octave, s’écria madame de Malivert ? — Rien, madame, rien au monde à Octave, il se porte bien, ce n’est que moi qui suis malheureuse et au désespoir de troubler votre sommeil. Mon projet était de parler à madame Dérien et de ne me présenter chez vous que si l’on me disait que vous ne dormiez pas encore. — Ma petite, tu redoubles ma frayeur avec ton mot