Page:Stendhal - Chroniques italiennes, II, 1929, éd. Martineau.djvu/71

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avait peur de se rendre méprisable par sa faiblesse aux yeux du chevalier.

Cette résolution tint ferme jusqu’à quatre heures : c’était le moment de la visite probable du chevalier. Il passa dans la rue, derrière le jardin du palais Campobasso, vit le signal qui annonçait l’impossibilité de l’entrevue, et, tout content, s’en alla chez la comtesse Orsini.

Peu à peu la Campobasso se sentit comme devenir folle. Les idées et les résolutions les plus étranges se succédaient rapidement. Tout à coup elle descendit le grand escalier de son palais comme en démence, et monta en voiture en criant au cocher : « Palais Orsini ».

L’excès de son malheur la poussait comme malgré elle à voir sa cousine. Elle la trouva au milieu de cinquante personnes. Tous les gens d’esprit, tous les ambitieux de Rome, ne pouvant aborder au palais Campobasso, affluaient au palais Orsini. L’arrivée de la princesse fit événement ; tout le monde s’éloigna par respect ; elle ne daigna pas s’en apercevoir : elle regardait sa rivale, elle l’admirait. Chacun des agréments de sa cousine était un coup de poignard pour son cœur. Après les premiers compliments, l’Orsini la voyant silencieuse et préoccupée, reprit une conversation brillante et disinvolta.