Page:Stendhal - D’un nouveau complot contre les industriels, 1825.djvu/11

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Pourquoi ? c’est que pour arriver à une haute estime, il faut en général qu’il y ait sacrifice de l’intérêt à quelque noble but. Quels sacrifices ont jamais fait Zamet, Samuel Bernard, Crozat, Bouret, etc., les plus riches industriels dont l’histoire ait gardé le souvenir ? À Dieu ne plaise que de cette remarque historique je tire la conséquence que les industriels ne sont pas honorables ! Je veux dire seulement qu’ils ne sont pas héroïques. Chaque classe de citoyens a droit à l’estime, et là comme ailleurs le ridicule se charge de faire justice des prétentions exagérées. La classe pensante honore tous les citoyens. Si on la méprise, si on l’injurie [1], elle se contente de rendre leurs mépris et au noble baron dont le trentième aïeul fut à la croisade de Louis-le-Jeune, et au sabreur impérial, et à l’industriel si fier de ses dix millions dont il va acheter un titre féodal. Cette dernière classe s’attribuant tout le bonheur de l’Amérique, et oubliant Washington, Franklin et La Fayette, nous semble la plus ridicule en ce moment.

L’honorable M. de Saint-Simon a dit, et les journaux payés par l’industrialisme répètent en

  1. Un industriel richissime disait de d’Alembert : « Cela veut raisonner, et n’a pas mille écus de rente ! »