Page:Stendhal - D’un nouveau complot contre les industriels, 1825.djvu/15

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Sur quelque préférence une estime se fonde ;
Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde.

Sans doute la classe des industriels millionnaires est fort estimable. Je l’honore avec tant de sincérité que je voudrais voir tous les ans dans la chambre élective les cent industriels les plus renommés de France. Mais ces véritables et honnêtes industriels répudient l’industrialisme. C’est en vain qu’on les flatte lourdement, c’est en vain qu’on leur dit qu’en faisant fortune ils ont été plus utiles qu’un bon ministre, qu’un grand général. Lorsque M. de La Fayette, à peine âgé de vingt ans, méprisant ses millions et les grands établissements que le crédit de sa famille lui promet à la cour de France, vole en Amérique, et, après la défaite de Brandy-Wine, ne désespère pas du salut de sa nouvelle patrie ; où est l’industriel alors trafiquant en cette même Amérique qui pût lutter de gloire et d’utilité avec le jeune général ? Washington ne pouvait-il pas se vendre à Georges iii, comme le général Monk à Charles ii, et par là se faire duc et millionnaire ? Il méprise cette fortune, et devient le héros de la civilisation.

Mais si l’industriel n’est pas toujours un héros, du moins est-il le juge souverain de toutes les capacités. M. de Saint-Simon le déclare, et j’avoue