Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/261

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sente chacun des mois de l’année par ceux des travaux de la campagne dont on s’occupe dans ce mois. Le travail est extrêmement barbare, et pourtant l’on est bien aise d’avoir vu ces bas-reliefs ; ce qui prouve, selon moi, que l’auteur avait un vrai talent. La barbarie de son siècle l’a seule empêché d’arriver à la gloire. Cet homme était comme Giotto. Nous voyons l’inverse tous les jours, des gens excessivement médiocres qui, poussés par leur siècle, font assez bien. Par exemple, quel talent avait Marmontel, et tous les Marmontels de la peinture que je ne veux pas nommer ? J’ai vu les substructions du palais du duc Jean de Berry ; c’est tout ce qu’il en reste. Cela est fort bien construit : l’architecte était peut-être venu d’Italie. La ville avait loué cette suite de caves à un fabricant de salpêtre ; et c’est sur une partie des caves que le département, aidé par l’État, va faire construire un palais de justice.

Ce nouveau bâtiment prendra les formes grecques ; mais, comme il n’aura qu’un rez-de-chaussée, il ne saurait être imposant. Le conseil des bâtiments civils, fidèle au budget, le plus grand ennemi du beau (je parle du budget), a rayé des plans de l’architecte tout ce qui n’était pas directement utile, et je crains bien que le palais de justice de Bourges ne soit un plat édifice. Il fallait le bâtir en style gothique. J’ai vu à Oxford des bâtiments gothiques assez jolis, quoique fort petits.

Je suis allé au Marché-Neuf, qui fait beaucoup d’honneur à M. Julien, l’architecte de la ville, qui a osé l’élever sans fondations, et à l’activité du maire.

J’ai fini par le musée : ce sont trois petites chambres bien modestes, où l’on a rassemblé, comme dans une boutique de bric-à-brac, tout ce qui a rapport aux arts. Le conseil général berrichon frémirait à l’idée de donner quelque argent pour un objet futile. Toutefois, on trouve même à Bourges un savant qui s’occupe de numismatique avec zèle et science ; c’est M. Mater (je crois, premier président de la cour royale).

Dans ce pauvre petit musée, j’ai considéré longtemps et avec