Page:Stendhal - Molière, Shakspeare, la Comédie et le Rire, 1930, éd. Martineau.djvu/322

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
293
LE RIRE

on refait un conte dans un salon, pour quelqu’un qui arrive, si vous voulez que le reste du cercle, qui le connaît déjà, rie, il faut en varier la forme ; en d’autres termes, créer l’imprévu.

Conséquence : Dominique me disait qu’il lui était impossible de faire ou de continuer une scène comique, en y songeant dans la rue, comme il faisait à la Scala en finissant un chapitre de l’Amour.

La clarté est nécessaire au rire ; c’est une des causes pour lesquelles on riait de la seule figure de Dugazon, lorsqu’il entrait en scène on savait qu’il allait faire des plaisanteries.

1º On lui donnait une extrême attention ;

2º On riait du souvenir rapide de ses anciennes plaisanteries.

Avec tout le talent possible, Dugazon n’eût pas pu jouer un rôle tragique ; on eût quitté, avec plaisir, les larmes pour le rire.

La compassion. La seule compassion pour le moqué arrête le rire.

Beaucoup de choses font rire, dans le récit, qui n’auraient pas fait rire dans la réalité. C’est comme dans les malheurs d’une vie agitée. Énée dit avec raison :


forsan et hæc olim meminisse juvabit[1].
(Énéide, liv. I.)

  1. « Vous vous souviendrez peut-être, un jour, avec quelque plaisir de tout ce que vous avez souffert. »