Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/107

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LE ROSE ET LE VERT

— Qu’as-tu donc, ma chère amie, dit madame Wanghen en montant en voiture ?

— La grossièreté de ces gens-là, répondit Mina avec un soupir. Me suis-je donc trompée, continua-t-elle d’une voix lente et pensive ? Sont-ce là ces aimables Français ? La société aimable que j’ai rêvée existe-t-elle sur la terre ?

— Quoi ! ma chère Mina, tu n'es pas malade ? Rien ne t’a blessée en particulier à ce dîner ?

— Rien absolument.

— Ah ! tu m'ôtes un grand poids de dessus le cœur. Je craignais que tu n'eusses pris une passion soudaine pour ce riche monsieur *** ou pour son aimable antagoniste le beau monsieur ***.

— Quelle grossièreté ! Ah ! maman, ne revoyons jamais ces gens-là.

— Mais sois juste, mon enfant. N'avons-nous pas obtenu les avantages matériels et positifs que nous refuse la société allemande ? Est-ce qu’un futur ministre t’aurait parlé à Kœnigsberg ? Est-ce que [nous] nous trouvions à table avec des gens aussi considérables en Prusse que des députés à cent mille livres de rentes ? En intriguant le soir en France, nous aurions occupé, toi et moi, les places d’honneur. Évidemment ce soir la société ne considérait aucune de ces belles dames