Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/131

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LE ROSE ET LE VERT


faut moins de prudence, la différence des usages de Kœnigsberg à ceux de Paris sauvera ce qu’il y aurait de trop crû dans mes démarches si j’agissais avec des Françaises. Pourquoi avec un cœur de dix-huit ans et surtout avec un cœur allemand me priver des chances de l’amour ? Pourquoi ne pas produire mon petit jeune homme ?. Le difficile sera de l’y déterminer lui-même ; son habitude est d’agir avant de penser [1]. »

Une heure après l’abbé était à cheval. Nous avons dit, ce me semble, que c'était un homme d’esprit, aussi ses supérieurs le traitaient-ils comme tel, ils savaient bien que l’abbé leur était soumis comme un bâton dans les mains de l’aveugle. Ne vous étonnez donc point de voir M. l’abbé de Miossince à cheval dans les allées du Bois de Boulogne : il voulait rencontrer le jeune duc de Montenotte et ne pas avoir l’air de le chercher.

Bientôt il l’aperçut de fort loin, sur un de ses plus jolis chevaux ; le duc montait admirablement bien, c'était là jusqu’ici son seul talent réel. Du reste, même dans cette action si simple, son caractère

  1. « Mina. La demoiselle au chapeau vert sur la Loire au retour le 7 juin 1837. Mina a cette physionomie-là. Je lisais sur sa physionomie ce que lui disait ce bonhomme de jeune homme monté en graine. (Nantes, 8 juin 37 et le 9 pour Vannes.) »