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ROMANS ET NOUVELLES


de froideur et d’indifférence pour tout était visible [1]. On concevait à peine comment un être si glacial pouvait être le fils de ce fameux général Malin-La-Rivoire, l’un des plus illustres compagnons de Napoléon dans son immortelle campagne de 1796 en Italie.

Ce fils de général, devenu duc et maréchal quand son maître se fut fait empereur, avait à peine vingt-deux ans, il sortait de l’École Polytechnique et était lieutenant d’artillerie. Quoiqu’il ne fût pas très grand, il pouvait passer pour un fort joli homme ; il n'avait d’autre tort que de porter les cheveux arrangés d’une façon singulière, coupés carrément à la hauteur des oreilles, presque à l’allemande. Il avait un fort beau teint, mais les yeux un peu rouges.

Malgré son extrême froideur pour toutes choses, en y regardant de bien près, et l’abbé le savait bien, on eût peut-être pu trouver en lui un peu d’affectation de simplicité. Par exemple il venait de faire meubler le premier étage de son hôtel que sa mère l’avait forcé de prendre et tout son mobilier, du reste magnifique, était en bois de chêne, ce qui avait semblé atroce à sa mère, duchesse jusqu’au bout

  1. Forme : Le duc n’a pas encore trouvé ce qui doit l’animer, et a trop d’orgueil et d’esprit pour jouer l’animation.