Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/155

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LE ROSE ET LE VERT


tout renverser dans l’état. Cet avenir probable à mes yeux se réalisera, vous pourrez à l’aide de la fortune qui suivrait ce mariage devenir grand propriétaire et acquérir dans quelque département une influence décisive sur une quantité de notaires, de médecins de campagne, de riches agriculteurs. Vous pourriez ainsi envoyer ou contribuer à envoyer à la Chambre des Députés des hommes favorables à la sainte cause de la civilisation visible, c’est-à-dire à la cause de Rome. Hé bien ! vous voyez maintenant l’étendue et la force de l’engagement que je vous propose.

— Je sais que vous avez autrefois dû lutter contre l’impiété.

— C’est en effet l’affaire unique de ma vie, mais il faut avant tout ne pas augmenter l’irritation des esprits et je vous demande de ne jamais parler de moi ni en bien ni en mal. Revenons à notre discours. Ce mariage est bien loin d’être une affaire faite, je ne dispose malheureusement de la volonté de la jeune personne, ni de celle de sa mère, ni de celle d’une cousine. C’est une idée qui n'a qu’une demiheure d’existence. Il n'y a du reste que ces trois volontés à conquérir. Il n'y a pas de père, pas de frère, pas d’hommes dans la famille.