Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/159

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
117
LE ROSE ET LE VERT


à haute voix en se promenant dans les bois. Je pourrais être un an, deux ans, trois ans, absent de Paris ! Et tout cela sous l’unique obligation de me conduire en bon et fidèle catholique ! Et que le diable emporte les catholiques ! Et que m'importe à moi ! Je suis Pair, mais je n'ai point voix délibérative, peut-être ne l’aurai-je jamais ! d’ailleurs je constaterai bien clairement mon droit de voyager pendant dix ans, que dis-je dix ans, pendant toute ma vie s'il me plaît [1] ! Au fait, si ma mère est heureuse, qu’ai-je à ménager dans le monde ? d’ailleurs cet abbé est d’une finesse profonde, il aime en moi le fils de l’homme qui a voulu le faire évêque, il ne dit que des choses qu’il sait être possibles et ne pas offenser le bonheur de ma mère ! »


À cette idée le duc sauta de joie pour la première fois de sa vie, et il avait vingt deux ans. Léon était trop heuieux pour ne pas fuir la société, le soir il alla se cacher aux quatrièmes loges du théâtre italien, à l’amphithéâtre. Là, pendant toute la soirée, la musique lui fit faire des châteaux en Espagne infinis sur le bonheur annoncé par l’abbé. Il allait donc agir, avoir

  1. Liberté des deux chiens que je viens de voir courir dans la place Graslin, 6 juin.