Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/161

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
119
LE ROSE ET LE VERT


l’esprit de se faire dévote célèbre, le maréchal était mort depuis longtemps, les rangs s'étaient rapprochés.

— Quoi, dit la duchesse de Montenotte à la comtesse Dalvel, vous osez parler ainsi… familièrement à une duchesse véritable ?

— Ah ! ma chère maréchale, répondit en riant la comtesse, nous ne sommes plus aux Tuileries avec l’Empereur. La duchesse véritable ne songe qu’à s'amuser et à plaire, et si elle avait d’autres prétentions sur moi, je ne lui adresserais pas la parole deux fois dans toute la saison.

La duchesse de Montenotte resta stupéfaite, et n'a peut-être pas encore digéré ce mot de Madame Dalvel.

Voilà quelle était la mère [1] à laquelle le jeune duc voulait plaire et qu’il aimait comme le seul devoir qu’il eût sur la terre. Le père de la duchesse avait été marchand de bois à Clamecy. C’était là son grand chagrin. Du reste, à sa faiblesse près pour son titre, elle avait du bon sens, de l’esprit même dans les grandes circonstances. Elle aimait beaucoup ses fils et passionnément Léon, le fils aîné, qui réellement était le moins aimable et le plus triste de tous, mais il était duc, et pour parler comme

  1. En corrigeant ôter la trop grande ressemblance avec la duchesse Dol. 16 mai 37. Froid.