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ROMANS ET NOUVELLES


madame de Montenotte qui revenait d’Angleterre où elle était allée étudier les vrais airs de duchesse, il était le second duc de Montenotte.

En cette qualité, quoiqu’il fût riche, sa mère, qui l’était davantage et qui passait pour s'être emparée d’un portefeuille énorme à la mort du duc, lui envoyait tous les premiers jours de l’an un petit album magnifiquement relié avec les armes de la famille frappées avec des fers froids sur les deux côtés de la couverture et contenant en guise de dessins vingt-cinq billets de mille francs. Ce cadeau périodique qui pendant deux mois faisait l’entretien de tous les petits marchands de la rue, ne faisait pas un extrême plaisir au second duc de Montenotte, mais en revanche mettait en fureur les frères cadets, la plupart criblés de dettes.


Le lendemain à cinq heures Léon était au Bois de Boulogne. Depuis son entrée à l’École Polytechnique il n'avait peut-être pas trouvé, sur la triste route de la vie telle que nos prétentions ou nos mœurs l’ont faite pour un jeune duc, vingt-quatre heures comparables à celles qui venaient de s'écouler. Toutes ses idées avaient été nouvelles, aucune ne lui avait inspiré le dégoût et la satiété.