Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/163

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LE ROSE ET LE VERT

L’abbé parut, le duc lui adressa quelques phrases d’une politesse un peu étudiée, puis ajouta en s'écoutant parler :

— On dit que le feu duc de Montmorency, mort en odeur de sainteté, un vendredi saint à Saint-Thomas d’Aquin ou à Saint-Valéry, était un galant homme et même ne manquait point d’esprit. On ajoute et je suis bien loin, monsieur, de vous demander aucun éclaircissement à cet égard, que lors de la discussion de la loi du sacrilège à la Chambre des Pairs, le respectable duc montait en voiture dès sept heures du matin et allait solliciter chez ses nobles collègues le poing coupé. Il voulait obtenir qu’on coupât le poing sur l’échafaud aux condamnés pour sacrilège avant de les exécuter à mort ; la loi devait être amendée ainsi…

Les yeux de l’abbé ordinairement immobiles et parfaitement prudents prirent une expression singulière.

— Je ne vous demande aucune explication sur cette anecdote, reprit le duc avec une sorte de vivacité, peu m'importe qu’elle soit, vraie ou fausse, je ne l’emploie que comme exemple et pour dire clairement que je ne ferai jamais une telle chose. À cela près je donnerai la parole d’honneur dont vous avez bien voulu me parler hier.