Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/164

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
122
ROMANS ET NOUVELLES

L’abbé était pâle et ne répondit point. D’abord son ambition faisait terriblement pâlir l’amour-propre d’un des hommes les plus irascibles de France et qui avait le plus d’esprit quand il était en colère. Tout à coup il eut peur que ce silence ne vînt donner un poids étrange dans l’esprit du jeune duc à l’objection qu’il venait d’énoncer.

— Il me serait facile de vous expliquer, mon cher duc, la discussion célèbre à laquelle vous faites allusion, et alors tout changerait d’aspect à vos yeux, etc., etc.

Le duc remarqua que l’abbé, d’ordinaire si impassible, parlait avec beaucoup plus d’accent et d’énergie que d’habitude, mais comme il désirait essayer ce mariage, il se garda bien d’envenimer la discussion. l’abbé, tout en disant qu’il ne voulait point revenir sur la discussion du poing coupé, lui apprit qu’il y avait un engagement du roi Louis XVIII de faire toujours grâce de cette partie de la peine qui ne devenait donc dans la loi qu’une simple menace comminatoire destinée à effrayer les voleurs des vases sacrés et par là à prévenir nombre de crimes. « Il faut savoir, ajoutat-il, et c’est ce que les impies se gardent bien de dire, que l’excellent duc de Montmorency était porteur de l’engagement par écrit de Louis XVIII de faire toujours grâce. »