Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/20

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II
PRÉFACE

Son originalité propre consiste alors à développer la plus mince anecdote, à rendre plausible le fait-divers le plus exceptionnel. C’est là le triomphe de sa raison, de sa connaissance intuitive des ressorts de l’esprit humain, des détours de la conscience troublée. Accumulant les petites touches, les explications menues, les notations successives et pressées, par sa seule force de déduction s’exerçant sur ce qu’il a construit d’instinct, il arrive à rendre raisonnables des actions folles en apparence, nécessaires les péripéties les plus gratuites.

Il part ainsi presque toujours de l’observation du réel, car il a besoinde beaux cas et d’exemples illustres pour que son génie créateur puisse s’employer avec un plein rendement. Son invention joue alors dans le sens de son tempérament, et il écrit d’ordinaire les histoires qu’il aurait voulu vivre ou tout au moins dont il eût aimé être le témoin. Ainsi stimulée, son imagination psychologique, toujours guidée par une logique quasi-infaillible, lui révèle aisément les épisodes qui peuvent remplir une vie dépendantde tel ou tel caractère. L’invention dans ce cas est soumise aux seules données intellectuelles fournies par l’auteur. Il ne dépend que de lui-même et non plus d’un texte emprunté. Son art d’organiser un caractère devient, sinon l’unique, du