Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/221

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



aux yeux d’Alfred, soit pour se distinguer de la foule des masques et obtenir peut-être qu’il lui parlât. Mina parut à la Redoute, donnant le bras à sa dame de compagnie, et intriguant tout le monde par son silence. Enfin elle vit Alfred, qui lui sembla fort triste. Mina le suivait des yeux et était heureuse, lorsqu’une voix dit bien bas : « L’amour reconnaît le déguisement de mademoiselle de Vanghel. » Elle tressaillit. Elle se retourna : c’était le comte de Ruppert. Elle ne pouvait pas faire de rencontre plus fatale. — J’ai reconnu vos diamants montés à Berlin, lui dit-il. Je viens de Toeplitz, de Spa, de Baden ; j’ai couru toutes les eaux de l’Europe pour vous trouver. — Si vous ajoutez un mot, lui dit Mina, je ne vous revois de la vie. Demain à la nuit, à sept heures du soir, trouvez-vous vis-à-vis la maison no 17, rue de Chambéry.

« Comment empêcher M. de Ruppert de dire mon secret aux Larçay, qu’il connaît intimement ? » Telle fut le grand problème qui toute la nuit plongea Mina dans la plus pénible agitation. Plusieurs fois, dans son désespoir, elle fut sur le point de demander des chevaux et de partir sur-le-champ. » Mais Alfred croira toute sa vie que cette Aniken qu’il a tant aimée ne fut qu’une personne peu estimable