Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/225

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de Larçay rentra chez elle dans un état d’irritation tout à fait étranger à son caractère plein de dignité et de mesure. Elle débuta avec Mina par quelques mots fort durs, qui percèrent le cœur de Mina, car ils étaient prononcés en présence d’Alfred, qui ne la défendait pas. Elle répondit, pour la première fois, d’une façon fine et piquante. Madame de Larcay crut voir dans ce ton l’assurance d’une fille que l’amour qu’elle inspire porte à se méconnaître, sa colère ne connut plus de bornes. Elle accusa Mina de donner des rendez-vous à certaines personnes chez madame Cramer, qui, malgré le conte de la brouille apparente, n’était que trop d’accord avec elle.

— Ce monstre de Ruppert m’aurait-il déjà trahie ? se dit Mina.

Alfred la regardait fixement, comme pour découvrir la vérité. Le peu de délicatesse de ce regard lui donna le courage du désespoir : elle nia froidement la calomnie dont on la chargeait, et n’ajouta pas un mot. Madame de Larçay la chassa. À deux heures du matin qu’il était alors, Mina se fit accompagner chez madame Cramer par le fidèle Dubois. Enfermée dans sa chambre, Mina versait des larmes de rage en songeant au peu de moyens de vengeance que lui laissait l’étrange posi-