Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/226

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tion où elle s’était jetée. — Ah !ne vaudrait-il pas mieux, se dit-elle, tout abandonner et retourner à Paris ? Ce que j’ai entrepris est au-dessus de mon esprit. Mais Alfred n’aura d’autre souvenir de moi que le mépris : toute sa vie Alfred me méprisera, ajouta-t-elle en fondant en larmes. — Elle sentit qu’avec cette idée cruelle qui ne la quitterait plus, elle serait encore plus malheureuse à Paris qu’à Aix. « Madame de Larcay me calomnie ; Dieu sait ce qu’on dit de moi à la Redoute ! Ces propos de tout le monde me perdront dans l’âme d’Alfred. Comment s’y prendrait un Français pour ne pas penser comme tout le monde ? Il a bien pu les entendre prononcer, moi présente, sans les contredire, sans m’adresser un mot pour me consoler ! Mais quoi ? est-ce que je l’aime encore ? Les affreux mouvements qui me torturent ne sont-ils pas les derniers efforts de ce malheureux amour ? Il est bas de ne pas se venger ! » Telle fut la dernière pensée de Mina.

Dès qu’il fut jour, elle fit appeler M. de Ruppert. En l’attendant, elle se promenait agitée dans le jardin. Peu à peu un beau soleild’été se leva et vint éclairer les riantes collines des environs du lac. Cette joie de la nature redoubla la rage de Mina. M. de Ruppert parut enfin. — C’est un