Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/227

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fat, se dit Mina en le voyant approcher ; il faut d’abord le laisser parler pendant une heure.

Elle reçut M. de Ruppert dans le salon, et son œil morne comptait les minutes à la pendule. Le comte était ravi ; pour la première fois cette petite étrangère l’écoutait avec l’attention due à son amabilité.

— Croyez-vous du moins à mes sentiments ? disait-il à Mina comme l’aiguille arrivait sur la minute qui achevait l’heure de patience.

— Vengez-moi, je crois tout, dit-elle.

— Que faut-il faire ?

— Plaire à madame de Larçay, et faire que son mari sache bien qu’elle le trompe, qu’il ne puisse en douter. Alors il lui rendra le malheur dont les calomnies de cette femme empoisonnent ma vie.

— Votre petit projet est atroce, dit le comte.

— Dites qu’il est difficile à exécuter, répondit Mina avec le sourire de l’ironie.

— Pour difficile, non, reprit le comte piqué. — Je perdrai cette femme, ajoutat-il d’un air léger. C’est dommage, c’était une bonne femme.

— Prenez garde, monsieur, que je ne vous oblige nullement à plaire réellement à madame de Larçay, dit Mina. Je désire