Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/229

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— C’est répondre à de fausses imputations, reprit Alfred avec hauteur, que de vous dire comme je le fais que je ne conçois pas de bonheur pour moi loin de vous. Aniken, ne vous fâchez point, ajouta-t-il la larme à l’oeil. Trouvez un moyen raisonnable pour nous réunir, et je suis prêt à tout faire. Disposez de moi, tirez-moi de l’abîme où le hasard m’a plongé ; pour moi, je n’en vois aucun moyen.

— Votre présence ici rend vraies toutes les calomnies de Madame de Larçay ; laissez-moi, et que je ne vous voie plus.

Alfred s’éloigna avec plus de colère que de couleur. « Il ne trouve rien à me dire », se dit Mina ; elle fut au désespoir ; elle était presque obligée de mépriser l’homme qu’elle adorait.

Quoi ! il ne trouvait aucun moyen de se rapprocher d’elle ! Et c’était un homme, un militaire ! Elle, jeune fille, avait trouvé, dès qu’elle l’avait aimé, un moyen et un moyen terrible, le déguisement qui la déshonorait à jamais, s’il était deviné !… Mais Alfred avait dit : Disposez de moi, trouvez un moyen raisonnable. Il fallait qu’il y eut encore un peu de remords dans l’âme de Mina, car ces mots la consolèrent : elle avait donc pouvoir pour agir. « Cependant, reprenait l’avocat du malheur, Alfred n’a point dit : Je ne crois pas à la calomnie.