Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/230

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— En effet, se disait-elle, ma folie a beau s’exagérer la différence des manières entre l’Allemagne et la France, je n’ai point l’air d’une femme de chambre. En ce cas, pourquoi une fille de mon âge vient-elle déguisée dans une ville d’eaux ? — Tel qu’il est. je ne puis plus être heureuse qu’avec lui. — « Trouvez un moyen de nous réunir, a-t-il dit ; je suis prêt à tout faire. » — Il est faible et me charge du soin de notre bonheur. — Je prends cette charge, se dit-elle en se levant et se promenant agitée dans le salon. Voyons d’abord si sa passion peut résister à l’absence, ou si c’est un homme à mépriser de tout point, un véritable enfant de l’ironie. Alors Mina de Vanghel parviendra à l’oublier. »

Une heure après, elle partit pour Chambéry, qui n’est qu’à quelques lieues d’Aix.

Alfred, sans croire beaucoup à la religion, trouvait qu’il était de mauvais ton de n’en pas avoir. En arrivant à Chambéry, madame Cramer engagea un jeune Genevois,qui étudiait pour être ministre protestant, à venir, chaque soir, expliquer la Bible à elle et à Aniken que désormais, par amitié et pour la dédommager de sa colère passée, elle appelait sa nièce. Madame Cramer logeait dans la meil-