Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/23

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V
DE L’ÉDITEUR


tirer un effet des différents épisodes de son récit que faire connaître, depuis leur épiderme jusqu’aux labyrinthes les plus compliqués de leurs centres nerveux, les protagonistes de ses drames.

Voilà bien en effet où aboutit presque fatalement Stendhal, qu’il ait l’intention d’écrire un roman ou une nouvelle, un récit long ou un récit court, il ne sait longtemps se contenir et exposer les faits bruts sans s’inquiéter bientôt de leurs causes ou de leurs répercussions dans l’âme de ses personnages. Il ne se ramasse parfois que pour mieux s’étendre ensuite, dès qu’il parvient, dans l’histoire d’un être, à ce point culminant qui permet de décrire les perspectives soudain découvertes. Il arrive bien vite, pour son plus grand plaisir, au nœud d’une intrigue qu’il croit opportun de démêler avec quelque patience. Lui-même, assez souvent, et en particulier dans les notes qui surchargent les manuscrits de Lamiel ou de Lucien Leuwen, a souvent insisté sur le rôle qu’il ambitionnait au juste de tenir : « La première qualité d’un roman doit être : raconter, amuser par des récits, et, pour pouvoir amuser les gens sensés, peindre des caractères qui soient dans la nature. » Un autre jour, il exposait, et nous gardons fidèlement ses propres expressions, que raconter narrativement ne saurait le satisfaire, mais