Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/24

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VI
PRÉFACE


a toujours cherché à raconter philosophiquement. C’est-à-dire qu’il tâche toujours de ramener à des sentiments simples et plausibles les passions souvent déconcertantes de ses héros. De même, a-t-il encore avoué, « les conséquences à tirer de chaque anecdote nouvelle et bien prouvée forment de bien loin la conversation la plus intéressante pour moi ».

S’il fallait au surplus préciser le sens du mot philosophique sous sa plume, il n’y aurait qu’à se souvenir qu’il s’en est fort nettement expliqué en plus d’un endroit et particulièrement le jour où il a dit : « Jamais de réflexions philosophiques sur le fond des choses qui, réveillant l’esprit, le jugement, la méfiance froide et philosophique du lecteur, empêche net l’émotion, or, qu’est-ce qu’un roman sans émotion ? »

Dans tous ses récits Stendhal poursuit donc avant tout l’émotion, mais il y parvient par des voies différentes : tandis que la nouvelle est l’exposé d’une anecdote avec le minimum de commentaires, le roman comporte au contraire l’explication la plus rationnelle des actes des personnages et de la portée de ces actes. Et là Beyle n’a qu’à se laisser aller à son penchant naturel qui est « de voir et d’inventer des détails caractéristiques ». Dans le premier cas, il est tout séduit par la seule signification d’un