Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/231

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leure auberge et rien n’était plus facile à éclairer que sa conduite. Se croyant malade, elle avait fait appeler les premiers médecins de Chambéry, qu’elle payait fort bien. Mina les consulta par occasion sur une maladie de la peau, qui quelquefois lui enlevait ses belles couleurs pour lui donner le teint d’une quarteronne.

La dame de compagnie commença à être beaucoup moins scandalisée du nom de Cramer qu’on l’avait engagée à prendre et de toute la conduite de mademoiselle de Vanghel ; elle la croyait tout simplement folle. Mina avait loué les Charmettes, maison de campagne dans un vallon isolé à un quart d’heure de Chambéry, où J.-J. Rousseau raconte qu’il a passé les moments les plus heureux de sa vie. Les écrits de cet auteur faisaient sa seule consolation. Elle eut un jour un moment de bonheur délicieux. Au détour d’un sentier, dans le petit bois de châtaigniers, vis-à-vis la modeste maison des Charmettes, elle trouva Alfred. Elle ne l’avait pas vu depuis quinze jours. Il lui proposa avec une timidité qui enchanta Mina de quitter le service de madame Cramer et d’accepter de lui une petite inscription de rente. « Vous auriez une femme de chambre, au lieu de l’être vous-même, et jamais je ne vous verrais qu’en présence