Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/234

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s’amuser lui-même, tout en lui faisant la cour la plus assidue, il avait grand soin toutes les fois qu’il trouvait l’occasionde lui parler en particulier, de ne lui adresser que les mots les plus indifférents et les propos les plus décolorés.

Mina fut contente de cette manière d’agir. Il était dans ce caractère, qui, avec quelques apparences de la raison, en était l’antipode, de ne pas mépriser à demi. Elle consulta hardiment M. de Ruppert sur un placement considérable qu’elle voulait faire dans la rente de France, et lui fit lire les lettres de son homme d’affaires à Kœnigsberg et de son banquier à Paris. Elle remarqua que la vue de ces lettres éloignait un mot qu’elle ne voulait pas entendre prononcer : son intérêt pour M.de Larçay.

« Quelle différence ! se disait-elle pendant que M. de Ruppert lui donnait de longs avis sur le placement d’argent. Et il y a des gens, ajoutait-elle, qui trouvent que le comte a plus d’esprit et d’amabilité qu’Alfred ! Ô nation de gens grossiers ! ô nation de vaudevillistes ! Oh ! que la bonhomie grave de mes braves Allemands me plairait davantage, sans la triste nécessité de parattre à une cour et d’épouser l’aide de camp favori du roi ! »

Dubois vint lui dire qu’Alfred avait surpris une lettre singulière adressée à