Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/243

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partiendront à des cadavres éclairés par un cierge et gardés dans le coin d’une église par deux prêtres savoyards. Cette belle journée est le moment suprême de notre vie, qu’elle en soit le plus heureux !

Mina eut beaucoup de peine à résister aux transports d’Alfred.

— Je serai à vous, lui dit-elle enfin, mais si vous vivez. Dans ce moment-ci le sacrifice serait trop grand ; j’aime mieux vous voir comme vous êtes.

Cette journée fut la plus belle de la vie de Mina. Probablement la perspective de la mort et la générosité du sacrifice qu’elle faisait anéantissait les derniers mouvements de remords.

Le lendemain, longtemps avant le lever du soleil, Alfred vint lui donner la main, et la fit monter dans un joli bateau de promenade.

— Pourriez-vous rêver un bonheur plus grand que celui dont nous jouissons ? disait-elle à Alfred en descendant vers le lac.

— De ce moment vous m’appartenez, vous êtes ma femme, dit Alfred, et je vous promets de vivre et de venir sur le rivage appeler le bateau là-bas, auprès de cette croix.

Six heures sonnèrent au moment où Mina allait lui dire qui elle était. Elle ne