Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/269

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lui donna l’absolution pour prix de son obéissance.

Quinze jours après, je fus mandé devant l’Inquisition, j’en fus très épouvanté m’imaginant que quelque faux frère m’avait dénoncé comme détenteur de livres défendus. Je me gardai bien de faire part à mon oncle de l’ordre que j’avais reçu, et je passai le jour et la nuit dans une mortelle inquiétude ; on avouera que ma position était délicate, et qu’il y avait dans toute cette affaire de quoi déconcerter un pauvre jeune hommequi, de sa vie, n’avait connu le monde et ses intrigues. Le jour fatal arrive, je me présente au saint tribunal, on me fait attendre pendant une heure dans l’antichambre, mon cœur battait violemment ; enfin on m’introduit dans une salle tendue de noir : trois frères dominicains étaient assis devant une table couverte d’un tapis noir ; cette vue redoubla mon effroi ; heureusement le secrétaire des trois inquisiteurs, brave abbé de ma connaissance, me fit à la dérobée un signe d’intelligence qui commença à me rassurer. Je respirai plus librement, et, avant qu’on ne procédât à mon interrogatoire, j’eus le temps de me reconnaître. Je remarquai un grand crucifix placé au-dessus de la tête des frères, et sur la