Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/270

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


table un autre crucifix de moindre dimension, à côté d’un livre ouvert : c’était le Nouveau Testament. Le premier inquisiteur me demanda mes nom et prénoms, et si j’avais déjà été appelé devant le Saint-Office : à cette dernière question, je répondisnégativement.«Connaissez-vous, me dit-il, l’avocat Burner ? — Je le connais. — L’avez-vous quelquefois entendu blasphémer ? » Je répondis qu’il était cruellement malade, et que j’allais chez lui pour y travailler et non pour écouter ce qu’il pouvait dire. Un regard de travers accueillit ma réponse, et l’inquisiteur me menaça d’un châtiment sévère si je ne révélais pas sans détour tout ce que je savais, et me somma au nom de la Trinité et des saintes Écritures, de dénoncer tous les blasphèmes que le coupable avait proférés devant moi. « N’avez-vouspas eu, ajouta-t-il, de conversation particulière avec cet homme ? — Jamais. — Je vous recommande de fuir la société de cet impie, son âme est dévouée aux tourments de l’enfer ; nous ferons tous nos efforts pour obtenir sa grâce, mais sans espoir de succès ; allez, jeune homme, jurez sur ce crucifix de ne déclarer à personne que vous avez été cité devant notre tribunal, ni pourquoi nous vous y avons mandé. » Je promis tout