Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/273

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à vue par mon tuteur ; cependant, des affaires l’ayant forcé d’entreprendre un petit voyage, il me laissa à Rome avec ordre de ne point quitter la maison, de ne voir qu’un prêtre qu’il me désigna et qui avait mission de me servir de mentor, et surtout de rester complètement étranger à la politique, source inépuisable de tourments et de mécomptes. Je n’hésitai pas à promettre tout ce qu’il exigeait de moi : vains serments ! À peine avait-il fait quelques milles hors de Rome, que j’étais déjà à m’enquérir de l’état des choses auprès de mes amis. Quelquesuns d’entre eux avaient pris du service dans les nouveaux régiments ; d’autres avaient obtenu de bons emplois dans l’administration ; tous, ils me pressèrent à l’envi de quitter mon oncle et d’entrer dans la carrière des armes, où je pourrais facilement obtenir un grade de sous-lieutenant. Je fis quelques difficultés en leur objectant l’excommunication lancée par le pape contre ceux qui accepteraient des fonctions du gouvernement français. Mes scrupules égayèrent mes amis : « Ton oncle, me dirent-ils, t’a plongé dans l’ignorance, et tes maîtres ont achevé son ouvrage ; viens avec nous, tu sauras bientôt ce que valent les excommunications. » Ma résistance ne tint pas contre leurs