Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/287

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disait-il en riant, que j’ai fait ma fortune, vendant force absolutions ; nous trouvions tous les deux notre compte à ce commerce ; je m’enrichissais, et la reine conservait ses amants. Si je n’avais pas donné les mains à cet accommodement,je me serais fait renvoyer, et la reine eût trouvé le lendemain cent confesseurs qui lui auraient octroyé de bonne grâce toutes les absolutions du monde. » Cette conversation me fit comprendre combien le pauvre Burner avait raison.

Arrivé à Foligno, j’entrai aussitôt dans l’exercice de mes fonctions. Une des premières mesures adoptées fut la suppression des couvents d’hommes et de femmes, et je dressai un état de tous leurs revenus, ainsi que de leurs propriétés. La vue de l’intérieur de ces couvents, me fit connaître combien ils renfermaient de victimes immolées aux caprices et à l’ambition des familles, qui, pour doter richement l’aîné de leurs enfants, condamnaient tous les autres aux ennuis d’une réclusion éternelle. Toutefois les vieilles religieuses se virent avec douleur forcées de quitter les retraites où elles commandaient en reines, tandis que les jeunes sœurs que la violence avait forcées de renoncer au monde, témoignaient la plus vive satisfaction, et me demandaient