Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/288

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quelquefois à voix basse quand je viendrais les mettre en liberté. Leur naïveté me faisait sourire, mais en y réfléchissant j’aurais désiré pouvoir faire justice sévère de ces parents dénaturés qui s’étaient faits ainsi les bourreaux de leurs enfants. Il m’est impossible d’estimer toutes les richesses que je trouvai dans ces couvents : quelques-uns auraient pu entretenir plusieurs douzaines de familles, et sept ou huit moines en dévoraient les revenus. Quoique je sois disposé à juger sévèrement certains actes de Napoléon, cependant je ne saurais sur ce point lui refuser mes éloges. Ce fut une mesure salutaire que celle qui rendit au travail et à la société ces pieux fainéants qui, dans leur voluptueuse oisiveté, n’avaient d’autre souci quele soin de leur bien-être. Je le blâmerais volontiers de leur avoir donné des pensions. Si le pouvoir eût été dans mes mains, j’aurais sans doute commis une faute en politique ; mais, témoin de leur dépravation et de leur hypocrisie, je n’aurais pas voulu leur accorder une obole : plus je voyais le fond des choses, plus je découvrais d’infamies. Quelques frères lais nous dévoilèrent tous les secrets du métier, et les intrigues des moines avec les premières femmesde la ville, qui les courtisaient pour tirer parti de leurs