Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/289

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richesses et de leur crédit ; car les maisons que les religieux protégeaient attiraient à elles toutes les faveurs du gouvernement papal ; les religieuses, de leur côté, trouvaient aussi moyen d’adoucir les rigueurs du cloître ; mais condamnées à ne jamais sortir, elles rencontraient bien des obstacles, tandis que les moines, entièrement libres, se livraient sans contrainte aux excès les plus scandaleux. Lorsque mon travail sur les couvents fut terminé, les biens furent vendus à l’enchère : comme le prix n’en était pas fort élevé, tous les bourgeois s’empressèrent d’en acheter sans s’inquiéter de leur origine. Cependant le peuple de Foligno est loin d’être sans préjugés ; un seul fait suffira pour donner une idée de l’esprit superstitieux des habitants. On raconte que dans le cours d’un carnaval d’une certaine année, pendant le temps des mascarades, on vit des diables danser sur le parvis de l’église de Saint-Félicien. Aussitôt la populace ignorante fit des processions pour rompre le charme, et on décida que chaque année, le carnaval serait interrompu pendant une semaine ; cet intervalle s’appelle les huit jours du Cucugnaio. Nous fîmes tous nos efforts pour déraciner ce préjugé, mais inutilement ; les malheureux persistèrent à croire que si quelque masque venait