Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/319

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mation, s’il se trouvait seul dans la boutique, M. Perrin le rossait jusqu’à le mettre tout en sang. « Mais, monsieur Perrin, mon ami, lui disais-je, nous gagnons cent francs par jour ; que nous importe qu’un ivrogne nous fasse tort de deux ou trois francs ? — Que voulez-vous, c’est plus fort que moi ! répondait-il, je n’aime pas les Cosaques. — Vous nous ferez assassiner. Alors, monsieur Perrin, mon ami, pourquoi le terme de notre société n’est-il pas arrivé ? »

Les vivandiers français n’osaient pas revenir au camp, car on ne les payait jamais ; nous faisions de superbes affaires ; à notre arrivée à Lyon, nous avions quatorze mille francs dans notre caisse. Là, par pitié pour de pauvres marchands français, je fis la contrebande. Ils avaient beaucoup de tabac hors de la porte de Saint-Clair ; ils vinrent me prier de l’introduire en ville ; je leur dis de patienter quarante-huit heures, jusqu’à ce que le colonel, mon ami, eût le commandement. Alors, pendant cinq jours de suite, je remplis de tabac ma charrette couverte. À la porte, les employés français grondaient, mais n’osaient m’arrêter. Le cinquième jour, l’un d’eux, qui était ivre, me battit ; je fouettais mon cheval et voulais continuer, mais les autres employés, me