Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/320

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voyant rosser, m’arrêtèrent. J’étais tout en sang, je demandai qu’on me menât devant le commandant du corps de garde voisin ; il était bien du régiment, mais ne voulut pas me reconnaître et m’envoya en prison. « Ma voiture va être pillée et les pauvres marchands sacrifiés, » me dis-je aussitôt. En allant en prison, je donnai deux gros écus à mon escorte, pour obtenir d’être mené devant mon colonel ; en présence des soldats il me traita fort durement, y ajoutant la menace de me faire pendre.

Dès que nous fûmes seuls, il me dit : « Bon courage ! demain je mettrai un autre capitaine au corps de garde près de la porte de Saint-Clair ; au lieu d’une charrette, mènes-en deux ; » mais je ne voulus pas. Je lui donnai deux cents sequins pour sa part. « Quoi ! me dit-il, tu te donnes tant de peine pour si peu ! — Il faut bien avoir pitié de ces pauvres marchands,» lui répondis-je.

Nos affaires à M. Perrin et à moi, allèrent admirablement jusqu’à Dijon. Là, monsieur, en une nuit, nous perdîmes plus de douze mille francs. La vente du jour avait été superbe ; il y avait eu grande revue et nous seuls de vivandiers : nous avions de gain net plus de millefrancs. Ce jour-là même, à minuit, quand tout