Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/329

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dans ses mains, avec des mouvements convulsifs. Je pris peur ; je vis qu’elle allait se jeter dans le Rhône si je la renvoyais. « Maisje suis marié, lui répétai-je, marié devant Dieu. — Eh bien, je le sais : je serai ta servante. » J’arrêtai peut-être dix fois ma voiture de Vienneà Lyon : jamais elle ne put consentir à me quitter. « Si je passe le pont du Rhône avec elle, me dis-je à moi-même, c’est un signe de la volonté de Dieu. »

Enfin, monsieur, sans que je m’en aperçusse, pour vrai dire, nous traversâmes le pont de la Guillotière et arrivâmes à Lyon. À l’auberge, on nous prit pour mari et femme,on ne nous donna qu’une chambre.

À Lyon, un trop grand nombre de cabaretiers se disputaient les chalands ; je me mis à faire le commerce des montres et des diamants ; je gagnai dix francs par jour, et, grâce à l’admirable économiede Catherine, nous n’en dépensions pas quatre. J’avais pris un logement que nous avions bien meublé. Je possédais alors treize mille francs qui, dans le commerce de banque, me rapportaient de quinze à dix-huit cents francs. Jamais je n’ai été plus riche que pendant les dix-huit mois passés avec Catherine. J’étais si riche que j’avais acheté une petite voiture de luxe, et,