Page:Stendhal - Romans et Nouvelles, I, 1928, éd. Martineau.djvu/331

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ma femme parlait d’elle. Je l’embrassais, je la consolais de mon mieux. Mais, que voulez-vous, monsieur, depuis cette fatale lettre, les trois mois que je passai encore à Lyon furent un enfer ; je ne pouvais prendre un parti.

Une nuit : « Si je partais tout de suite ? » me dis-je. Catherine dormait profondément à mes côtés. Une fois que j’eus eu cette idée, je sentis comme un baume se répandre dans mon âme. « Il faut que ce soit une inspiration de Dieu ! » me dis-je. Comme je regardais Catherine, je commençai à me dire : « Quelle folie ! Il ne faut pas faire cela. »

Aussitôt la grâce de Dieu m’abandonna ; je retombai dans tout mon amer chagrin. Sans savoir ce que je ferais, je me mis à m’habiller doucement, toujours les yeux fixés sur Catherine.

Je n’osai jamais ouvrir le bureau ; tout mon avoir était caché dans le lit ; il y avait cinq cents francs dans la commode, pour un payement qu’elle devait faire le lendemain en mon absence. Je pris cet argent ; je descendis ; j’allai à la remise où était ma charrette, je louai un cheval et partis.

À chaque instant je tournais la tête. « Catherine va me courir après, me disais-je ; si je la vois, je suis perdu. »

Pour avoir un peu de paix, à deux lieues